Mariage gay, la droite en croisade


Source : Le Monde

La droite, décidément, est au supplice quand elle est confrontée à l’intime. Plus encore lorsque l’évolution des moeurs, des mentalités et des modes de vie vient déstabiliser sa conception de l’amour, sa vision du mariage ou sa religion de la famille. Etrange contradiction. Individuellement, bon nombre de ses responsables, comme le reste des Français, ont l’expérience des échecs amoureux, des divorces et des remariages, des relations sexuelles variées et des familles recomposées ou monoparentales. Collectivement, ils semblent tétanisés dès qu’il est question de modifier la loi et d’adapter le droit en conséquence, non pas au nom d’une supposée modernité, mais, tout simplement, en s’appuyant sur la réalité de la société française.

Alors, les mêmes responsables se retrouvent comme affolés, parfois déchirés, partagés en tout cas entre l’embarras et la fureur, entre le silence et la croisade, entre le conservatisme gêné et l’ordre moral militant. Très rarement du côté de la réforme. On l’a constaté au moment du débat sur le pacs, il y a une quinzaine d’années. Le scénario se répète, presqu’à l’identique, à propos du projet de « mariage pour tous », promis par le candidat Hollande il y a un an et dont la discussion est prévue à l’Assemblée à partir du 29 janvier. Dans les deux cas, la question homosexuelle – et les tabous ou fantasmes qu’elle continue à nourrir alors que le pacs est adopté à plus de 95 % par des hétérosexuels – aiguise la polémique et joue un rôle central dans le « débat intime » des élus de droite. Au point de les condamner à l’impasse ?

UNE BÉNÉDICTION POUR COPÉ

Pourtant, dimanche 13 janvier au soir, Jean-François Copé pourra se dire que cette affaire du mariage gay est une bénédiction. Des dizaines de milliers, probablement des centaines de milliers de personnes auront défilé dans les rues de la capitale pour protester contre le projet de mariage pour tous. S’il n’est pas l’initiateur de cette manifestation, le président de l’UMP en sera le principal bénéficiaire. Quelques mois après la défaite de son camp à la présidentielle puis aux législatives, après des semaines d’une guerre désastreuse avec François Fillon, il engrangera son premier succès depuis belle lurette : des troupes ressoudées, un « peuple de droite » au coude-à-coude contre la gauche, un Front national en porte-à-faux et le centriste Jean-Louis Borloo – favorable au projet – réduit au silence, ou presque.

Voilà pour la politique. Mais, si on revient aux convictions intimes, cela a été moins évident. Avant l’été 2012, se souvient l’ancien ministre Benoist Apparu, « Copé nous dit, en bureau politique, qu’il ne sait pas ce qu’il va faire ». Jusqu’en septembre, il reste très prudent et n’exprime son opposition au projet de mariage pour tous qu’« à titre personnel ». Son concurrent François Fillon appelle, lui, à « éviter tout ce qui divise » face à une gauche qui veut faire de ce projet un chiffon rouge agité sous le nez de l’UMP. En écho, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin estime qu’il s’agit de « sujets de conscience », sur lesquels « le parti en tant que tel n’a pas à donner de consignes de vote ».

Ces responsables disent cela parce qu’ils voient la société évoluer et que le pacs est un succès. Chacun a en mémoire les dégâts provoqués, en 1999, par ce débat autour du pacs qui marque une première étape dans la reconnaissance des couples homosexuels. Bible en main, la députée UDF Christine Boutin se taille, certes, un beau succès à la tribune de l’Assemblée, en dénonçant un projet de nature à saper « les fondements de la civilisation » et à nous ramener « aux temps barbares ». Mais, au bout du compte, la droite apparaît alors plus que conservatrice : rétrograde et vindicative. Pis encore, elle donne libre cours à l’homophobie, amalgamant « homosexuels d’aujourd’hui et pédophiles de demain » et reprenant en choeur « Les pédés au bûcher » comme slogan de manifestation. C’est au point que l’UMP mais aussi le centre doivent rapidement faire amende honorable. En août 1999, Nicolas Sarkozy redit son opposition au pacs, avant d’ajouter, embarrassé, à l’adresse de la « communauté homosexuelle » : « Nous devons être à l’écoute de toutes les différences parce qu’elles sont parfois synonymes de souffrances. Notre vision de la famille devra s’ouvrir, se moderniser, s’actualiser. »

« RUPTURE DE CIVILISATION »

Au début de l’automne 2012, l’UMP se soucie de ne pas retomber dans ce piège. D’éviter un procès en conservatisme. De ne pas donner l’image d’un parti en décalage avec l’évolution de la société et des moeurs, face à une gauche parée des vertus de la modernité, de la tolérance et de l’égalité des droits. « C’était déjà ça, en 1981, avec la peine de mort », note, fataliste, le sénateur Philippe Bas, ancien ministre de la famille de Jacques Chirac.

Le premier facteur qui va balayer ces hésitations et ces doutes est la mobilisation de l’Eglise catholique. Dès le creux de l’été, l’archevêque de Paris, André Vingt-Trois, prend la défense de la famille et des enfants, qui doivent « bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère ». Le 14 août, l’archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, sonne le tocsin : « L’heure est grave. C’est une rupture de civilisation de vouloir dénaturer le mariage (…).«  Le ton ne va cesser de monter. Le 3 novembre, Mgr Vingt-Trois, encouragé par le Vatican, martèle qu’« une vision de l’être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société ».

Or, dans cette affaire, les élus de droite adoptent souvent les arguments de l’Eglise. Comme, auparavant, sur d’autres sujets de société – pilule, avortement, pacs… Du reste, les parlementaires témoignent qu’ils reçoivent, depuis des semaines, des centaines de lettres-types dénonçant le projet de mariage pour tous. La sénatrice socialiste Catherine Tasca, qui présidait la commission des lois de l’Assemblée à l’époque du pacs, admet qu’elle n’avait pas vu « une telle mobilisation, bien organisée, dans chaque diocèse » depuis le mouvement pour l’école privée de 1984.

DES MILITANTS ET DES ADHÉRENTS PRÊTS À EN DÉCOUDRE

Les catholiques ne sont pas seuls dans cette croisade : les responsables des autres religions, sauf les bouddhistes, expriment leur opposition, notamment le grand rabbin Gilles Bernheim, qui publie, en octobre, un texte étayé refusant « la mise en cause de l’un des fondements de notre société ». Le député UMP de la Drôme, Hervé Mariton, n’est pas le dernier à dire que ce texte a eu un véritable retentissement : « Il démontrait que les opposants au projet ne sont pas que des catholiques traditionalistes, excités ou extrémistes. »

Chacun, à l’UMP, commence à mesurer que les militants et adhérents sont prêts à en découdre avec le gouvernement, surtout contre le projet de mariage pour tous. L’ex-ministre Bruno Le Maire le constate avec stupeur, durant l’été 2012, alors qu’il se démène pour récolter des parrainages pour sa candidature à la présidence de l’UMP.

C’est en effet la seule question, sur le terrain, qu’on pose à Bruno Le Maire : « Que fais-tu sur le mariage gay ? » Et il ajoute : « On a tous eu le même message, imposé par la base. On avait pris le sujet avec distance il y a encore six mois, mais on a été sommés de choisir. Tous ceux qui étaient ouverts ont compris que c’était un point de rupture. » Autrement dit, cantonner ce débat à la sphère « intime », personnelle, comme l’ont souhaité dans un premier temps MM. Copé et Raffarin, devient intenable.

POSITIONS RADICALISÉES

Pourquoi une réaction aussi radicale du peuple de droite qui oblige ses champions élus à se dévoiler ? « Face à la crise et faute de destin collectif, beaucoup de gens s’accrochent au mariage, vécu comme un élément d’identité, et à la famille, vécue comme une cellule protectrice, répond Bruno Le Maire. Ils ressentent le mariage des homosexuels comme une menace sur ces derniers repères. La crispation est encore plus forte chez les catholiques, qui y voient une véritable agression contre leurs valeurs. »

L’élection pour la présidence de l’UMP achève de radicaliser les positions. Face aux adhérents, les deux candidats font assaut de fermeté pour fustiger le projet gouvernemental, François Fillon déclarant même que, s’il était maire, il refuserait de célébrer des mariages entre homosexuels. Quant à Jean-François Copé, il approuve et soutient les premières manifestations, organisées le 17 novembre, à la veille du scrutin à l’UMP. Depuis, il a décidé de mobiliser à fond pour la manifestation du 13 janvier.

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Les lobbies homosexuels accusent Gérard Longuet…


Mais que s’est-il donc passé hier, mercredi 30 octobre dans l’après-midi, sur le plateau de l’émission « Preuves par trois », diffusée par Public Sénat? Gérard Longuet aurait adressé un bras d’honneur pendant le générique de fin de l’émission à destination des homosexuels. La communauté LGBT a tout de suite réagi et accuse Gérard Longuet d’injures…Enquête.

Cette émission qui dure une quarantaire de minutes est présentée par la journaliste Perrine Tarneaud. Elle interroge l’ancien ministre de la Défense sur des sujets d’actualité politique :

  • les 35 heures (qui est d’actualité après le dérapage de Jean-Marc Ayrault qui a dit dans un premier temps que le sujet « n’était pas tabou »; puis, qui s’est rattrapé par la suite à l’Assemblée Nationale aujourd’hui en disant qu’il ne reviendrait pas sur les 35h);
  • la communication du premier ministre (« il s’expose trop au risque de fragiliser le président de la République »);
  • la compétitivité;
  • le rôle de l’Assemblée Nationale, de l’Exécutif;
  • les élections internes de l’UMP;
  • le Front National;
  • le mariage gay…

Sur le mariage gay : Gérard Longuet soutient François Fillon

« Je soutiens François Fillon. Il a dit qu’il était républicain et qu’il appliquerait la loi. Il y a des problèmes de conscience qui ont été reconnus aux médecins, d’autres professions qui ont le droit d’avoir des cas de conscience qui les exonère de mettre en oeuvre des mesures. Après tout, les maires peuvent eux aussi demander à en bénéficier. Je crois que les journalistes en ont un ? ».

« Le mariage pour tous » : cela veut dire quoi ?

« Le mariage est limité, il n’est pas pour tous. Cette conception du mariage, qui au fond repose sur le refus de la différence sexuée, l’homme, la femme; c’est un débat qui concerne d’abord les convictions de chacun. Il se trouve que le droit civil les a entérinées. Je pense que ceux qui s’expriment aujourd’hui avec le plus de force, ce sont ceux qui depuis plusieurs millénaires, je pense au Grand Rabbin, Gilles Bernheim, ou bien aux évêques de France qui ont réfléchi à ces questions…

Ce n’est pas parce qu’on est politiquement majoritaire que l’on doit mépriser des convictions de fond qui se rattachent à des valeurs permanentes. »

Bras d’honneur : la récupération honteuse des lobbies gays…

« L’émission était terminée et j’apprends que l’Algérie demande à la France qu’elle fasse repentance des crimes du colonialisme« , a expliqué Gérard Longuet, contacté par BFMTV. Le geste qui s’ensuit s’avérait donc être une réponse à cette requête.

« C’était un mouvement d’humeur« , a ajouté l’ex-ministre, qui précise : « Je ne renie rien« .

Le sujet est clos, un autre s’est ouvert : celui du colonialisme. Nous refermons vite cette polémique.

Cette polémique et cette récupération hasardeuse nous invite à la prudence : les partisans du « mariage pour tous » n’ont pas d’états d’âme.

Nous saluons le courage du ministre. Et nous demandons au gouvernement et aux partisans du mariage gay de ne pas « mépriser les valeurs permanentes » de la France.

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Le Grand Rabbin de France : ce que l’on oublie souvent de dire…


Dans un essai remarquable, où l’intelligence collective semble première, Gilles BERNHEIM, le Grand Rabbin de France nous interpelle.

Mariage homosexuel, homoparentalité et adoption : ce que l’on oublie souvent de dire.

Allons tout de suite à sa conclusion :

« A l’heure de conclure, il ressort que les arguments invoqués d’égalité, d’amour, de protection ou de droit à l’enfant se démontent et ne peuvent, à eux seuls, justifier une loi.
[…] Il n’y aurait ni courage, ni gloire à voter une loi en usant davantage de slogans que d’arguments et en se conformant à la bien-pensance dominante par crainte d’anathèmes.
[…] Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c’est le préjudice qu’elle causerait à l’ensemble de notre société au seul profit d’une infime minorité, une fois que l’on aurait brouillé de façon irréversible trois choses :
–    les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité,
–    le statut de l’enfant, passant de sujet à celui d’un objet auquel chacun aurait droit,
–    les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l’obligation de s’effacer devant l’orientation exprimée par chacun, au nom d’une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences.

Ces enjeux doivent être clairement posés dans le débat sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité. Ils renvoient aux fondamentaux de la société dans laquelle chacun d’entre nous a envie de vivre. »

Si vous voulez en savoir plus vous pouvez télécharger l’essai en cliquant sur le lien ci-dessous :

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